Origine et histoire de l'Église des Célestins
L’église des Célestins d’Avignon fut fondée en 1389 à l’initiative de l’antipape Clément VII et du roi Charles VI, près de la tombe de Pierre de Luxembourg, jeune cardinal mort en 1387. Sa sépulture, réputée miraculeuse, attira des pèlerins en masse, poussant à la construction d’un monastère confié aux Célestins, un ordre italien. Ce projet s’inscrivait dans le contexte du Grand Schisme d’Occident, où Clément VII cherchait à légitimer son autorité par des signes divins.
Financée par le roi et enrichie par des dons, dont ceux du Roi René, l’église devint le couvent le plus riche d’Avignon, abritant reliques et tombeaux de cardinaux. Son architecture, mêlant influences gothiques et royales (fleurs de lys), fut partiellement achevée : seule une partie du chœur et du transept fut construite. L’abside, ornée de clés de voûte sculptées par Perrin Morel, et le cloître, aux galeries sobres, témoignent encore de sa grandeur passée.
À la Révolution, le couvent fut pillé et transformé en caserne militaire, perdant ses décors et tombeaux. Les bâtiments, désaffectés après 1945, abritent aujourd’hui la cité administrative. L’église, classée monument historique en 1914, est depuis 1980 propriété de la ville et accueille des manifestations culturelles, dont le Festival d’Avignon depuis 1981. Ses restaurations récentes (2019) ont préservé son patrimoine architectural.
Parmi les œuvres survivantes, certaines sont dispersées dans des musées avignonnais (Petit Palais, Calvet) ou parisiens (BnF). Le retable d’Enguerrand Quarton, les reliques de Pierre de Luxembourg, et des sculptures de Jean Péru comptent parmi les vestiges les plus précieux. Le cloître, ouvert au public, est un lieu emblématique du Festival, malgré les contraintes scénographiques imposées par ses platanes centenaires et son acoustique particulière.
L’histoire de l’église reflète les tensions entre pouvoir pontifical et royal, ainsi que les bouleversements révolutionnaires. Son héritage artistique et spirituel, bien que fragmenté, en fait un symbole du patrimoine avignonnais, lié à la fois à la papauté, à la monarchie française et à la vie culturelle contemporaine.